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Des ressortissants guinéens paient 70.000 francs à des agents municipaux pour obtenir des papiers sénégalais

Les nommés El Hadj Keita, Mamadou Diao Ba et Safiatou Keita ont comparu, hier, à l’audience des flagrants délits du tribunal de grande instance de Dakar. Ils répondaient des faits de faux et complicité de faux dans un acte de naissance, carte d’identité et certificat de nationalité. Certains agents de la mairie de Mbacké et de Grand Yoff avaient confectionné des actes de naissance pour des ressortissants guinéens. Le parquet a requis deux ans de prison dont 6 mois ferme.

Des agents municipaux qui confectionnent, moyennant de l’argent, des actes de naissance pour des ressortissants étrangers afin qu’ils puissent obtenir une carte d’identité sénégalaise, cela est courant dans notre pays. Interpellée la Direction des Passeports où elle s’était rendue pour se faire confectionner un document de voyage, la ressortissante guinéenne Safiatou Keïta a déclaré à l’enquête avoir payé 20.000 francs pour obtenir un acte de naissance au nom de Diariatou Dramé grâce à son beau-frère, El Hadj Keita, qui l’a mis en rapport avec un certain Lamine Kanouté, agent à la mairie de Grand Yoff.

C’est Lamine Kanouté qui a mis le nom de Diariatou Dramé sur l’acte d’état civil afin que la Guinéenne puisse obtenir une pièce d’identité sénégalaise. « J’ai fait quatre mois au Sénégal, je réside aux Parcelles Assainies », a expliqué la dame Safiatou Keita. Son co-prévenu, Mamadou Diao, a, lui aussi, obtenu un acte de naissance à Mbacké. Il a changé de nom mais aussi de date et lieu de naissance. « J’ai obtenu des papiers auprès de l’officier d’état civil de Mbacké », a-t-il expliqué. « Pourquoi ne pouvez-vous pas chercher des papiers chez vous en Guinée ? Les Guinéens sont nombreux au Sénégal. Ça passe comme lettre à la poste d’obtenir un extrait un extrait de naissance, une carte d’identité ou certificat de nationalité », s’est désolé le défenseur de la société.

Le maître des poursuites a rappelé qu’une affaire similaire a été jugée à la barre du tribunal il y a une semaine. Il s’agit donc là de faits constants et récurrents. Il a requalifié le délit de faux reproché à El Hadj Keita en complicité de faux. « Les faits reprochés à Mamadou Diao Ba et Safiatou Keita ne souffrent d’aucun doute », a estimé le maître des poursuites.

Pour lui, les agents municipaux exploitent les similitudes dans les zones reculées comme Mbacké, Bignona pour confectionner des extraits de naissance en contrepartie d’argent. « Les bénéficiaires remettent de modiques sommes de 15 000 à 20 000 francs pour obtenir l’identité sénégalaise. El Hadj Keita, qui est né et a vécu au Sénégal, sait qu’un Sénégalais ne paie pas pour obtenir l’extrait de naissance de son enfant » a dit le substitut du procureur.

Pour la répression, il a requis deux ans dont 6 mois de prison ferme à l’encontre des prévenus. Quant aux conseils de la défense, ils se demandent où est le vrai coupable. A les en croire, certains agents de l’état civil exploitent des situations et proposent des solutions.

Dans le cas d’espèce, ce sont des agents de la mairie qui ont confectionné les extraits de naissance. « Il faut prendre en compte l’innocence et l’inconscience de Safiatou Keita dont le seul but était de rejoindre son mari au Maroc. Son seul tort est de se plier au désir de son mari. Pour le faux et usage de faux, 6 mois ferme c’est une peine sévère. », a plaidé le conseil de la dame.

Selon Me Baba Diop, l’auteur des faits qui travaille à la mairie de Grand Yoff a pris la fuite. C’est lui qui devrait être arrêté. El Hadj Keita n’a rien fait, il voulait aider sa bellesœur qui venait de la Guinée. Les agents ont fait croire aux victimes que c’est possible.

Les prévenus ont perdu leur argent et leur dignité. Ils ont éprouvé un besoin en donnant 70.000 francs et les vrais coupables du faux sont dans la nature. « Ce procès a une valeur éducative, il devrait avoir une peine d’avertissement. Ce sont des malheureux qui ne sont pas conscients des faits », ont plaidé Me Baba Diop et ses collègues qui ont sollicité une application bienveillante de la loi pénale pour les prévenus. Le tribunal a mis l’affaire en délibéré pour le 16 juin prochain, rapporte le journal Le Témoin qui a rapporté les minutes de l’audience.

AYOBA FAYE

 

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