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Marché Petersen : La Covid-19 est loin des préoccupations

Pendant que le ministère de la Santé et de l’Action fait état de plus de 3000 nouveaux cas de coronavirus ce week-end, le marché de Petersen de Dakar est tout sauf conscient de la situation. Ici, on pense plutôt à la fête de la Tabaski. Reportage !

Dès le rond-point du marché, à quelques mètres de la grande mosquée de Dakar, la marée humaine se meut dans tous les sens.

Quelques corps, gagnés par la chaleur, traînent difficilement en se laissant bousculer. D’autres, encore très actifs, bravent cette bousculade à vrai dire incompréhensible.

Nul ne peut estimer le nombre de personnes présentes sur les lieux. Des centaines, des milliers, qui sait. Qui s’y intéresse non plus ? Les marchands ambulants étalent leurs marchandises. Pendant que certains balaient instantanément les paquets de chaussures, d’autres les laissent à la merci de la poussière.

 

Immense foule… aucun masque !

 

Le cocktail Molotov créé par la pollution sonore et celle atmosphérique rend les lieux irrespirables. Les vagues de sueurs se succèdent sur les visages avant de trouver refuge dans les cous. Le soleil tape plus fort que d’habitude en cette mi-journée.

Un peu loin du rond-point, en empruntant le chemin qui mène au garage de Petersen, les marchands de chaussures y ont dressé leurs étals.

Les enregistrements audio s’enchaînent, ne laissant guère place à une compréhension. Les bousculades se mènent de plus belle. Sur plus d’une trentaine de personnes, aucune n’arbore un masque de protection.

Sommes-nous à l’ère post Covid dans ce marché ? Tout porte à croire que si, alors que le pays entame sa troisième vague de contamination. Les masques sont tenus dans les mains, mis sous le menton ou encore n’existent pas. Bref, ils sont partout sauf sur les visages.

Sur l’allée de vente de bijoux, la scène est pareille. Aucune protection. Les plus soucieux se plaignent de la chaleur.

« Il est impossible de respecter les mesures barrières dans ce marché », explique Soda Diop, venue faire ses courses pour la fête de Tabaski.

Tenant deux sacs à main nouvellement achetés, elle marchande des chaussures à talons. « Vous savez pertinemment qu’on ne peut pas fuir les gens, ils nous collent », dit-elle, « comme du chewing gum », renchérit sa belle-sœur. Elles éclatent de rire, le souci du virus dissimulé dans leur sourire large.

 

A quelques mètres de ces deux dames résignées au diktat du marché, une jeune maman calme son bébé dans son dos avant de subir les remontrances d’une vieille dame. « On n’amène pas un bébé dans un marché aussi bondé », lui lance la bonne dame, avant de voler à son secours et lui retirer le nourrisson à bout de nerfs. Aucun masque sur les visages, elles se débrouillent à calmer l’enfant perturbé aussi bien par la chaleur que les bousculades.

Quelques badauds leur lancent des regards appuyés avant de disparaître dans ce bain de foule mouvant.

Les gens sont collés, ne laissant aucune distance au vent de souffler. La chaleur qui dégage de ce fil de personnes est incroyable. Les ruissellements de sueur des unes se collent aux peaux des autres.

Nul n’en fait cas.

 

S’en remettre à Dieu

 

Ndeye Penda a décidé de retirer son masque, car elle étouffe. « Je n’arrive plus à respirer avec le masque, il fait chaud et le marché est trop bruyant », lance-t-elle avec une pointe d’énervement à cause de ce qu’elle subit. Elle maintient fermement son sac à main entre ses doigts ternis par la dépigmentation. Ces longs ongles s’élargissent sur le sac.

Elle semble plus préoccupée par les voleurs que par le virus.

En ressortant du marché vers le garage des « Ndiaga Ndiaye », un jeune homme dégouline savoureusement son bol de ‘’thiep’’ (riz). Il lève la tête par moment pour s’assurer que personne ne le regarde.

La poussière soulevée par les pieds et les voitures le dépassant ne semble le déranger outre mesure.

Il prend de grosses bouchées du met de midi en prenant le soin de refermer son bol à moitié.

« La Covid-19, on la vit tous les jours. Nous avons peur mais bon Dieu est grand », arrive-t-il à articuler entre deux grosses bouchées. Quelques riz s’échappent de sa bouche trop chargée. Il la referme avant de faire un signe comme pour dire « attends ». De grosses gouttes de sueur traînent sur son visage légèrement gêné par un chapeau de plage.

Après de longues minutes de mastication, il prend une gorgée d’eau et revient à la charge. L’odeur du poisson s’échappe du bol refermé. Il explique que la Covid-19 est en fait une malédiction et que toute personne doit s’en remettre à Dieu.

« Nous portons nos masques tous les jours », essaie-t-il de se convaincre. Pour ce vendeur de tenues de bambins, la solution reste l’acceptation de la volonté divine. Encore que Dieu ne sait de quelle acception, avance-t-il.

La pandémie fait des victimes quotidiennement. Mais au marché Petersen, l’on peut se demander la pertinence des gestes barrières en cette veille de fête.

Ndeye Fatou Diéry DIAGNE

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